Choir avec Chevillard: le mythe sens dessus-dessous

25 November, 2011 - 11:15 - 12:45

Communication au colloque Présence et usages du mythe dans le roman depuis les années cinquante organisé par Marie-Hélène Boblet à l’Université Paris III-Sorbonne Nouvelle – Maison de la recherche, 4 rue des Irlandais, 75005 Paris, salle Claude Simon.

Les «aventures de la phrase», tel pourrait être le titre générique des livres qu’Éric Chevillard se plait à publier sous la mention roman depuis plus de vingt ans. Mais ce « nouveau nouveau romancier » ne se désintéresse pas pour autant du monde comme il va. À l'en croire, ses élucubrations ludiques n’ont d'ailleurs jamais eu d’autre vocation que de le réformer. Et si le long travail de sape de l’écrivain a tout d’abord été discret, ses derniers romans usent des grands moyens.

C’est la disparition conjecturale de l’orang-outan qui a ouvert le gouffre dans lequel notre réalité a sombré, et la légèreté chevillardienne avec elle, pour faire place à une noire anticipation. La vision de déréliction abîmée en son cœur faisait de Sans l’orang-outan (2007) une fable morale et politique. Avec Choir (2010), qui en constitue le prolongement, cette vision accède à la grandeur du mythe.

Par ce récit de fondation où la fin se résorbe dans le commencement à la faveur d’un messianisme déçu, sans jamais porter message, le roman dont on se propose de faire lecture constitue à sa manière une réflexion sur l’humanisme, la fin des grands récits et le retour du religieux. On se demandera s’il ne se pare pas ce faisant d’une des vertus essentielles du muthos qu’il tourne en dérision : exprimer notre angoisse, nous permettre de penser la réalité qui est la nôtre, au-delà ou en-deçà du logos.

 

Présentation du colloque

«Dans un siècle réputé "désenchanté", rationaliste à l’excès, des romanciers tels que Claude Louis-Combet, Henry Bauchau ou Sylvie Germain ont construit leur univers romanesque à partir de l’imaginaire mythique.

Des emprunts aux fonds païen et chrétien s’actualisent sous la forme de figures (Œdipe, Thésée…) ou bien de scenarii mythiques (la lutte de Jacob avec l’ange, le regard de la Méduse).

Loin toutefois de se réduire à une situation ou à un type, le mythe engage un mode d’élucidation et d’intelligence du monde, qui peut-être supplée aux apories du logos.

À la lumière de cette complémentarité, on examinera l’usage romanesque du mythe depuis 1950 et l’opportunité que représentent, sur fond de crise de la modernité, le recours à une rationalité élargie et le concept d’énigmaticité.»

Avec la participation de Claude Louis-Combet, Sylvie Germain & Myriam Revault d'Allonnes.

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